Dans la lumière dorée des moissons, une famille s'apprête à accueillir sa plus belle récolte.
Il y a des séances qui s'organisent, et il y a des séances qui s'imposent, presque évidentes. Celle-ci fait partie de la deuxième catégorie. Pétronille, je l'avais déjà photographiée il y a quatre ans, lors de sa première grossesse. Alors quand elle m'a annoncé l'arrivée de ce deuxième petit garçon, il n'y a pas eu de question à se poser : ce serait à la ferme, dans ce décor qui leur ressemble tant.
Nous avons choisi la fin de journée, ce moment suspendu où la lumière devient dorée et où tout semble plus doux. Les champs venaient tout juste d'être moissonnés — un clin d'œil qui ne doit rien au hasard, quand on sait que le compagnon de Pétronille est agriculteur, et que cette grossesse, elle l'appelle elle-même « notre deuxième récolte ». Un peu plus loin, dans la prairie voisine, des chevaux paissaient tranquillement : nous avons partagé la séance entre ces deux décors, le champ doré et le pré aux chevaux.
« Je m'appelle Pétronille, j'ai 30 ans (mais ça ne fait que 57 jours que je les ai…) », commence-t-elle avec ce sourire malicieux qu'on lui connaît. Infirmière, en couple avec un agriculteur depuis huit moissons maintenant, elle est déjà maman d'Arthur, 4 ans tout juste, et attend leur deuxième garçon pour le mois d'août.
Une famille de trois, bientôt quatre, qui carbure au grand air et aux moments simples et ça se sent, jusque dans la façon dont ils habitent naturellement ce paysage de champs et de fermes.
DEVENIR UNE FAMILLE DE QUATRE
Cette deuxième grossesse ne s'est pas fait attendre sans un peu de patience : « il a fallu trouver la bonne graine », sourit Pétronille, fidèle à son humour de terrain. Mais depuis, tout s'est enchaîné avec une évidence nouvelle.
« Ce qui rend cette deuxième grossesse différente, c'est que je ne suis plus face à l'inconnu. Il y a donc moins de stress pour certaines choses. Je sais désormais que les difficultés sont passagères et qu'il faut savourer chaque instant. »
Et il y a ce souvenir qu'elle place au sommet de tous : l'annonce à Arthur. Le grand frère en devenir a pris son rôle très à cœur, il a hâte de rencontrer son petit frère et se projette déjà avec lui dans l'avenir, entre jeux à inventer et bêtises à deux.
ÊTRE MÈRE, UNE DEUXIÈME FOIS
« La maternité m'a aidée à être davantage patiente, à trouver le bonheur dans les choses simples et à savourer la vie. Être maman, c'est viscéral. C'est à la fois la plus belle expérience de ma vie, mais aussi la plus difficile. »
Le plus beau cadeau que lui ait offert son premier fils ? Sans hésiter : l'amour inconditionnel. Un amour qu'elle et son compagnon souhaitent transmettre à leurs deux garçons — l'amour du travail qu'on aime, le respect, l'envie de vivre pour soi et pour ses passions, peu importe le regard des autres, mais aussi la mémoire de leurs racines et de leurs ancêtres.
ARTHUR, LE VRAI MAÎTRE DE CÉRÉMONIE
Il faut le dire : à 4 ans, poser devant un objectif n'a rien d'une évidence. Arthur, du haut de son mètre et quelques, n'était pas franchement emballé au début de la séance. Alors on a fait autrement : on a laissé la place au jeu, à la course dans les chaumes du champ moissonné, à l'observation fascinée des chevaux dans le pré d'à côté. C'est dans ces instants-là, quand il oubliait complètement l'appareil photo, que les plus belles images sont nées, un rire franc, une main tendue vers un cheval, une course improvisée avec son papa.
CETTE SÉANCE, POURQUOI
« Il était évident pour moi d'immortaliser cette deuxième grossesse avec Émilie », confie Pétronille. Un heureux hasard avait déjà voulu qu'elle photographie sa première grossesse et une chanson, entendue ce jour-là, continue de la ramener à ce souvenir chaque fois qu'elle passe à la radio.
Cette fois, la séance s'est faite en famille, avec le conjoint et Arthur. « C'était très symbolique pour nous : avec un conjoint agriculteur et une moisson tout juste terminée, ce décor nous représente parfaitement. » Quant au posing, son fou rire à ce sujet ne trompe pas : « Le posing, ce n'est clairement pas mon truc… mannequin, c'est un métier ! » Mais entre deux éclats de rire, la spontanéité a fait le reste.
« À travers ces clichés, nos fils pourront découvrir qui nous sommes, notre personnalité, l'amour que nous portons à Arthur, mais aussi à ce bébé encore bien au chaud », espère-t-elle. Une manière, aussi, de dire ce que les mots peinent parfois à exprimer.
LES RACINES
Les racines. La famille. La transmission.
Pétronille et son compagnon souhaitent transmettre bien plus que des valeurs.
Ils veulent transmettre une histoire. Le goût du travail. Le respect. La liberté d'être soi. Le bonheur de suivre ses passions.
Et surtout... Le souvenir de ceux qui les ont précédés.
Parce qu'une famille ne commence jamais avec une naissance. Elle s'écrit depuis plusieurs générations.
DES SOUVENIRS QUI TRAVERSERONT LE TEMPS
Les enfants grandissent. Les souvenirs s'effacent parfois.
Les photographies, elles, restent.
Un jour, leurs deux garçons regarderont ces images.
Ils découvriront leurs parents avant même de pouvoir s'en souvenir.
Ils verront l'amour. Les regards. Les gestes. La tendresse.
Ils comprendront peut-être que certaines émotions sont impossibles à raconter avec des mots. Mais qu'une image peut les faire revivre, des années plus tard.
Certaines histoires ne demandent pas à être racontées avec de grands discours. Elles se lisent dans un regard, dans une main qui se pose avec tendresse sur un ventre rond, dans les éclats de rire d'un enfant qui s'apprête à devenir grand frère. Ce soir-là, entre les champs fraîchement moissonnés et la lumière dorée de l'été, cette famille n'a pas seulement créé de belles images. Elle a figé un instant précieux de son histoire. Celui où ils étaient encore trois… à quelques battements de cœur de devenir quatre.